ANNE POPET | Contes et apprentissages

Un projet : enfants conteurs

Publié le 21 décembre 2011 à 19h51

Le conte rassemble

Au départ, chaque conteur appartenait à un groupe social donné. Exemples : les vanniers bretons ou les bergers corses. Il en était le porte- parole. Aujourd’hui, le conte de tradition orale garde toute sa beauté, il n’est pour s’en convaincre que d’aller écouter des conteurs, encore et toujours maîtres de la parole.

En  souhaitant que vous acceptiez de partager avec d’autres vos remarques,  vos suggestions et vos expériences, je vous propose maintenant, si vous le souhaitez, d’amener vos élèves à conter. Projet visant à la fois la maîtrise de  la langue et le vivre ensemble. Après avoir précédemment encouragé à le faire à partir des «  Contes de la nuit », il semble dès lors nécessaire de déterminer les conditions matérielles propices à ce projet, de la GS au CM.*

1ère condition : favoriser et développer l’écoute

Il revient déjà à  l’enseignant d’introduire les contes dans sa classe en contant ou lisant lui-même régulièrement des contes aux élèves, de façon ritualisée,  de préférence à un moment déterminé de la journée, que l’on exerce en maternelle ou en élémentaire. Un seul critère pour déterminer ce moment, que l’on peut appeler « l’heure du conte », est que l’attention des élèves puisse alors être soutenue. La fin de la journée n’est pas à cet égard favorable. Des classes ont choisi  de ce fait de commencer chaque journée par la transmission d’un conte (certains réécoutés à la demande des élèves).

En choisissant  un moment précis de la journée, on crée une attente chez les élèves qui, grâce  l’institutionnalisation d’un tel moment, entendent un nombre important de contes au cours de l’année scolaire et acquièrent ainsi un patrimoine culturel conséquent. Tous ne sont pas exploités, il s’agit alors d’une écoute plaisir, le conte étant considéré comme un cadeau.

Pourquoi un tel projet ?

Certains contes sont  approfondis dans le cadre du projet « enfants conteurs », où les élèves apprennent à raconter avant de transmettre le conte qu’ils ont choisi de communiquer. Ce projet d’activités  donne  alors du sens aux apprentissages et l’enseignant  peut  s’y appuyer pour atteindre les objectifs fixés (projet pédagogique).

Ce projet est en effet destiné à développer les compétences narratives des élèves lorsque la démarche réception et production est adoptée. Par ailleurs, outre les compétences narratives, sont également développées les compétences discursives. En effet, les contes exploités et approfondis par les élèves, en vue de les transmettre à d’autres, conduisent à des échanges au sein de la classe pour en assurer la compréhension et la mémorisation. Conter ensuite conserve au conte sa fonction sociale.

Entrer dans le projet

L’enseignant définit aux élèves les objectifs d’apprentissage et la démarche que l’on peut résumer ainsi :

comprendre et mémoriser

apprendre à bien dire

s'entraîner à dire

Il associe ainsi les enfants  à l’acquisition des compétences nécessaires à une transmission réussie des contes choisis à cet effet. Il leur précise qu’ils seront associés à l’évaluation, qui précède la communication à d’autres, pour en assurer la réussite.

Remarque

L’objectif n’est pas de faire des élèves des conteurs, mais  de  développer les compétences définies par les programmes. Il s’agit tout particulièrement de développer un oral scriptural (à savoir une façon de s’exprimer explicitement permettant d’être compris par l’auditoire). Cet oral scriptural a ensuite une grande influence sur le développement de compétences requises à l’écrit tant au niveau du lexique que de la syntaxe.

Développer ce projet. Comment ?

Ce projet peut se limiter à une classe d’une école ou en concerner plusieurs. Mais conter suppose un public. Il faut donc trouver dans le groupe scolaire des classes d’accueil, puis déterminer un calendrier des rencontres. Le projet peut avoir une durée et une ampleur plus ou moins importantes. Toutefois, il est conseillé de le répartir au moins sur une année scolaire car il faut s’accorder du temps pour le mener à terme.

Lorsque plusieurs classes s’inscrivent dans ce projet d’aller conter à d’autres, une action au sein du projet d’école peut alors être envisagée.

Toujours dans le cadre d’un projet d’école, une action centrée sur les élèves en difficulté autour de ce projet peut être envisagée. Elle permettra à ces élèves de découvrir le plaisir de la langue et de développer des compétences lexicales et syntaxiques sans avoir à se préoccuper, à ce moment précis, de la transcription écrite.

Ce projet, qui peut être mené dès la GS et jusque fin cycle 3, est très intéressant à conduire notamment entre classes de GS et CP. Mais on peut tout aussi bien envisager que des élèves, de l’école élémentaire content en maternelle  ou que , seuls, les élèves de GS racontent à ceux du CP, sans réciprocité, simplement pour avoir un public.

Communiquer où et quand ?

Il est important de déterminer le lieu  où les élèves seront amenés à conter afin de rendre les conditions optimales. On peut envisager de conter devant une autre classe, comme on peut organiser de petits groupes, chacun écoutant un élève différent contant le même conte. Cette dernière formule est intéressante en ce qu’elle permet à davantage d’élèves d’assurer la transmission du conte en question, dont il est possible de discuter ensuite collectivement.

N’hésitez pas à poser des questions et aussi à faire part de votre expérience si vous avez déjà participé à ce type de projet. Les expériences des autres sont  toujours utiles et stimulantes  pour oser se lancer soi- même dans l’activité.

Bibliographie

On peut se reporter pour mener ce projet à l’ouvrage "Le conte au service de l’apprentissage de la langue", Anne Popet, Evelyne Roques, éditions Retz, 2000.

*Ultérieurement, c’est à la transmission du conte en PS et MS que je m’attacherai.

Anne Popet
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