MARIE JOSE MINASSIAN | La pratique du débat en classe

Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP)

Publié le 21 novembre 2011 à 22h22

Les 16 et 17 novembre 2011, à l’initiative de Philolab et de l’Unesco, deux journées étaient consacrées à « Pratiques philosophiques et formation de l’esprit critique ». Les « nouvelles » pratiques philosophiques, à l’école, dans la cité, dans les lieux de soin, dans l’entreprise, ont plus de vingt ans. Elles étaient perceptibles aux Pays-Bas (consultations philosophiques), en Angleterre (philosophie dans l’entreprise, « pub philosophique »), au Canada. Depuis 1995, la traduction française du livre de Matthew Lipman, « À l’école de la pensée », fait lentement mais sûrement son chemin dans l’école française, tout comme les travaux de Jacques Lévine et de Michel Tozzi (voir le dossier que nous avons consacré en novembre à «  Langage et philosophie », Lea-maternelle).
Interpellée par la table-ronde consacrée à la philosophie et au soin, j’ai écouté Elisabeth Loison-Apter parler des effets thérapeutiques du travail qu’elle réalise à Genève, auprès de patients usagers de la psychiatrie. Conjuguant le travail d’Abraham Maslow sur la hiérarchie des besoins* et les recherches de Carl Rogers (l’enfant accepté inconditionnellement se développe de façon optimale), elle observe comment la participation a un atelier de philosophie selon le modèle Lipman produit pour ces patients des réparations psychiques certaines. En effet, le climat qui se développe dans l’atelier de philosophie est d’accueil confiant, où chacun exprime sa pensée dans la plus grande attention à l’autre, sans intervention d’un jugement. Cela permet au malade « de se ré ouvrir à soi-même », de retrouver sa référence interne. Bien sûr, tel n’est pas l’objectif de l’atelier de philosophie pour les enfants ou de la pratique du débat ; cependant les effets auprès des enfants ont quelques similitudes.
Effectivement, lors d’une autre table-ronde, consacrée à la philosophie à l’école, Marie-Paule Vannier s’interrogeait : pourquoi les maîtres spécialisés s’emparent-ils des ateliers de philosophie avec tant d’ardeur ? Une partie de la réponse se trouve dans le travail de Loison-Apter : si le maître intervient parce qu’il est nécessaire de réarticuler le désir de savoir au désir d’apprendre, l’espace de ce type d’atelier (et la nouveauté du « faire de la philosophie ») offre à l’enfant une forme de restauration narcissique et, partant, une confiance nouvelle en ses potentialités scolaires. De son côté, Edwige Chirouter montrait les effets positifs des ateliers de philosophie sur l’estime de soi, de même qu’un rapport plus confiant au savoir s’instaure alors. Elle rappela Philippe Meirieu et sa pensée sur les marges. Il écrit en effet, à propos de l’innovation pédagogique : « La quasi-totalité des méthodes qui, aujourd'hui, sont considérées comme allant de soi dans le système éducatif, sont nées d'abord dans les marges et ont été ensuite récupérées par le système central. En éducation, comme dans le cinéma, pour reprendre l'expression de Godard, ‘c'est la marge qui tient la page’». À vos marges, prêts pour l’envol des enfants !

* voir Education Enfantine, avril 2009, p. 11. Philolab met en ligne le résumé du mémoire de master de Mme Loison-Apter (Relation d'aide et intervention thérapeutique). Voir www.philolab.fr

Marie-José Minassian
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