ANNE POPET | Contes, histoires et apprentissages

De l’album au contage

Publié le 17 novembre 2011 à 13h13

Le répertoire de contes ne semble pas soulever de questions. Cela peut s’expliquer par la pléthore des récits en tous genres dans lesquels il est possible de puiser à l’heure actuelle. Les films proposant adaptations de contes ou des créations en font état.

L’occasion nous est aujourd’hui offerte de nous tourner vers les albums (6 au total) qui ont accompagné la sortie du film Les contes de la nuit ; récits où les héros triomphent après de nombreuses péripéties.

Présentation des albums

L’album La Fille-Biche et le fils de l’architecte est le fruit d’une histoire imaginée spécialement à l’occasion de la réalisation du film. Les cinq autres albums relatent des histoires ayant déjà fait l’objet de courts métrages avant d’être intégrées dans le film précité.

A la différence de La Fille-Biche et le fils de l’architecte, les cinq autres albums comportent chacun une  courte scène inaugurale où un garçon, une fille et un vieux technicien, dans un petit cinéma abandonné, inventent des personnages, se déguisent, se documentent et sortent de leur imagination des histoires qu’ils jouent. Ceci peut s’avérer propice à la création d’histoires par les élèves.

Exploiter ces albums (tout ou partie). Pourquoi ?

- Outre l’intérêt que présentent ces contes, Michel Ocelot renoue ici avec la technique du papier découpé et des ombres chinoises qui contribue à la réalisation de beaux décors donnant corps à l’histoire. Les illustrations, qui reprennent les images du film, permettent de conter ensuite l’un de ces contes (ou plusieurs) comme si l’on avait assisté à chacune des scènes évoquées. Le passage de l’album au contage rend alors au conte son oralité et l’activité de conter contribue à la maîtrise de la langue.

Objectifs

- Développer la compréhension
- Eduquer le regard
- Apprendre à dire

Préliminaires

Il est souhaitable de sensibiliser auparavant les élèves à des jeux d’ombres qui permettront de mieux apprécier les illustrations.

Ecole maternelle

A partir de la MS, il possible d’exploiter une ou plusieurs de ces histoires en les contant à la classe avant la découverte des images. Inviter ensuite les élèves à raconter en s’appuyant ou non sur les images selon le niveau concerné.

CP-CE1

- Lire un ou plusieurs de ces contes à la classe. A l’issue de chaque lecture et sans revenir au texte, collectivement, structurer l’histoire, puis s’entraîner à la dire pour la communiquer à d’autres.

- Laisser les albums en libre consultation dans la classe.

Cycle 3

Pistes d’exploitation

Le titre fait référence aux contes des Mille et une nuits  et conduit à s’intéresser au personnage de Shéhérazade. On peut alors présenter une miniature persane représentant la célèbre conteuse. Occasion offerte d’élaborer avec les élèves le projet de transmettre par contage des histoires à d’autres classes. Des contes des Milles et une nuits, connus des élèves, peuvent aussi être évoqués.

Demander aux enfants s’ils ont vu Les contes de la nuit et exploiter La Fille-Biche et le fils de l’architecte.

L’histoire se déroule au XIIIème siècle, Thibault est amoureux de Maud qu’un sorcier veut épouser. Il est le fils de l’architecte qui a conçu la cathédrale où a lieu le mariage. Les deux jeunes gens s’enfuient à cette occasion, mais le sorcier fait subir une métamorphose à la jeune fille qui est ensuite sauvée par la fée des caresses.

Découvrir le conte et s’entraîner à le dire

- Faire décrire les illustrations pour repérer les personnages et les lieux traversés. Formuler des hypothèses. Donner à lire la liste des personnages et affiner les propositions, notamment en s’interrogeant au sujet de la Fille-Biche.

- Lire ou donner à lire le texte. Refermer l’ouvrage et sans y revenir dans un premier temps, proposer à un groupe d’élèves d’en retrouver la trame narrative.

- Pour mémoriser l’histoire, découper le conte en plusieurs parties, donner un titre à chacune et écrire ces titres dans l’ordre.

- Amener les élèves à transmettre ce conte oralement avec leurs propres mots (ce qui n’exclut pas de revenir un peu plus tard au texte pour y relever quelques mots jugés importants) et en s’exprimant de manière explicite.

- Dégager des critères de réussite pour bien conter :

* respecter la chronologie de l’histoire,
* utiliser un vocabulaire précis pour permettre à l’auditoire de se représenter les actions,
* s’exprimer aux temps du passé (passé composé et imparfait),
* utiliser des mots de liaison : puis, ensuite, après, ...

- Demander aux  élèves de s’entraîner ensuite à dire le conte d’abord à plusieurs en racontant chacun une phase différente de l’histoire, puis à le raconter seul.

- Inviter ensuite un volontaire à raconter devant le groupe classe en demandant à l’auditoire de vérifier si les critères dégagés ont été respectés.

- Raconter ensuite à des élèves d’une autre classe le conte ainsi préparé. Pour permettre à plusieurs élèves de conter cette histoire, constituer des petits groupes à l’intérieur de la classe d’accueil. Un élève conteur par groupe pourra alors transmettre l’histoire.

Parcours littéraires

Organiser un parcours autour de la figure littéraire de la métamorphose dans les contes merveilleux, voire dans les récits fantastiques.

Liens avec l’histoire des arts et avec l’histoire

La période à laquelle se déroule l’histoire comme le donnent à voir les images et la référence à l’architecte, qui a construit la cathédrale, permettent de croiser cet album avec l’histoire des arts. Etude au programme ou rappel de connaissances : s’intéresser à l’architecture religieuse chrétienne et à l’art gothique. Visiter une cathédrale et/ou étudier des documents représentant une cathédrale, où repérer les arcs-boutants, les contreforts ; observer l’intérieur : voûtes et verrières (pour saisir l’ambiance lumineuse d’une cathédrale). S’intéresser à la construction des cathédrales et à la période historique correspondante.

Exploiter un autre album (ou plusieurs) de cette série

A titre d’exemple prenons Le loup Garou dans la mesure où ce conte se situe lui aussi au  Moyen-Âge.

C’est l’époque des châteaux, des cachots, des forêts profondes et de la peur du loup. Dans ce conte, deux sœurs, l’une bonne et l’autre mauvaise, et un prince qui se transforme en loup garou les nuits de pleine lune.

- Commencer par s’intéresser aux deux premières pages mettant en scène les trois personnages qui créent des histoires dans le vieux cinéma. Le garçon émet l’idée d’être un loup garou qui aurait deux sœurs pour amoureuses. Pour situer l’histoire dans le temps, ils évoquent, images à l’appui, Les très riches heures du duc de Berry et le port du hennin. S’attacher à la façon dont ils procèdent.

- Avant de lire l’histoire proposée dans l’album, et fort des indications données dans les deux pages introductives, voire en se documentant davantage sur la période, il est possible d’imaginer un conte, collectivement ou en groupe. Structurer l’histoire en titrant chaque partie.

- Découvrir le conte ensuite dans l’album. Comparer les deux histoires et rechercher comment enrichir le conte inventé par les élèves.

- Selon la démarche proposée précédemment, s’entraîner en groupes à dire le conte inventé. Là encore, désigner ensuite un enfant pour le dire à la classe, évaluer sa prestation en fonction des critères de réussite. Chercher collectivement à l’améliorer par de nouveaux enrichissements lexicaux et des reformulations pour mieux expliciter et donner à voir l’histoire. La communiquer.

Vous avez peut-être exploité vous-même un de ces albums en adoptant une toute autre démarche en fonction d’objectifs différents. Alors faites-en vite profiter la communauté.

De même, ces propositions peuvent soulever des questions intéressantes pour ouvrir un débat. N’hésitez pas à les poser pour stimuler les échanges.

Anne Popet
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