MICHEL BARAER | Je débute

Concevoir des situations-problèmes

Publié le 23 mai 2011 à 00h00

Les apprentissages des élèves sont plus solides s’ils sont le fruit de leurs propres découvertes que s’ils proviennent de l’explication et l’écoute. Pour les confronter à des démarches de recherche, les situations-problèmes sont un outil privilégié. Comment les concevoir pour qu’elles soient productives ?

Comment trouver des situations ?

Souvent, vous pouvez conserver les éléments d’une activité « traditionnelle » en modifiant leur usage. Au lieu d’être simplement explicatifs et illustratifs, des schémas, cartes, témoignages… des manuels d’histoire et de géographie peuvent devenir des pièces d’un ensemble qui pose question et stimule la recherche. En maths, les énoncés présentés comme problème n’en sont pas toujours. Pour qu’ils le deviennent, il suffit parfois d’enlever simplement leurs questions. En français, la langue est si complexe que l’essentiel consiste à déterminer un corpus qui sera support de la recherche : les élèves devront placer points et virgules pour découvrir les règles et fonctions de la ponctuation, classer des énoncés pour comprendre des règles d’accord, déterminer les caractéristiques d’un récit pour en écrire une suite …

Et, heureusement, vous n’avez pas tout à inventer. Puisez dans Une banque de situations-problèmes de tous niveaux de Gérard de Vecchi et Nicole Carmona (Hachette Éducation, 2004), dans Concepts clés et situations-problèmes en mathématiques d’Odette Bassis (2 tomes, Hachette Éducation, 2004), dans Enseigner l’histoire autrement (Chronique Sociale, 2002), dans Lire la littérature à l’école dirigé par Catherine Tauveron (Hatier, 2002) …

Pensez à l’engagement des élèves

En lui-même, le problème jette un défi à l’intelligence et cela suffit très souvent à donner envie de s’y confronter. Cependant, la situation sera d’autant plus incitative qu’elle propose un dilemme (La conquête de la Gaule par les Romains, une bonne ou une mauvaise chose pour les Gaulois ?), une énigme (Dans une multiplication le produit est en général plus grand que le nombre multiplié. Pourquoi est-il inférieur si l’on multiplie par 0,5 ?) un paradoxe (Comment se fait-il que des habitants d’un désert torride portent des vêtements de laine ?)…

La situation-problème gagne aussi à être en lien avec les sujets qui intéressent la classe : après la lecture d’un ouvrage, donnez un problème d’interprétation littéraire (Trouver 3 titres différents pour le récit), proposez de relever un « défi techno » pour que les élèves se lancent dans la réalisation de dispositifs…

Assurez vous que votre situation contient les éléments qui conduiront à l’apprentissage

Soyez le plus clair possible sur le but de la recherche, c’est à dire sur la ou les connaissance(s) à construire. Dans les exemples précédents, l’interculturalité pour la civilisation gallo-romaine ; la compréhension des nombres décimaux ; la notion d’isolant… Notez précisément les éléments que les élèves doivent avoir découverts au terme de la séance.

Attachez-vous à trouver le bon niveau de complexité (ce qui est sans doute le plus difficile) : il faut que les élèves ne connaissent pas ou connaissent mal les réponses et qu’ils parviennent à les trouver par eux-mêmes.

Même si chacun mobilisera ses connaissances et savoir-faire propres (les situations-problèmes sont très propices à la différenciation) envisagez des voies de résolution possibles.

Préparez des ressources (des documents présentant différents points de vue sur la conquête de la Gaule, des exemples de multiplications, un dispositif expérimental pour valider les hypothèses sur les capacités isolantes de la laine…)

Prévoyez la façon dont vous conduirez la recherche

Pensez à votre lancement : une présentation stimulante donne envie.

Déterminez les différentes phases. En général, la recherche s’effectue d’abord individuellement, les élèves confrontent ensuite leurs résultats par groupes, puis un point d’étape collectif permet de mettre en évidence les avancées, ce qui reste à trouver et les pistes prometteuses. La séance se termine par la mise en évidence, la formulation précise de ce qui a été appris (un résumé de l’essentiel en histoire, une règle en grammaire, un principe en technologie…)

N’oubliez pas que vous avez des élèves rapides et brillants (auxquels il faudra demander de ne pas révéler immédiatement leur solution). Préparez pour eux des activités d’approfondissement. Pour vos élèves moins à l’aise, penser à des « aides » éventuelles qui leur feront gagner du temps sans leur donner les réponses (dans nos exemples, un tableau à deux colonnes bienfaits/méfaits de la conquête qu’il suffit de remplir, une fiche rappelant la technique de la multiplication…)

Si vous êtes encore novice, il vous est difficile de bien évaluer les connaissances préalables de vos élèves. Il est donc normal que vos situations-problèmes ne soient pas toujours bien adaptées. Si une d’elles ne fonctionne pas (les élèves connaissent déjà l’essentiel des réponses ou, à l’inverse, ils se perdent dans la difficulté), n‘hésitez pas à l’arrêter. Vous la retravaillerez et la représenterez à la séance suivante.

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